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Ebauche du projet 1999

Lorsqu’ils se sont retrouvés pour la première fois sur le terrain, Renzo Piano et Bernard Plattner, son responsable de projet, ont immédiatement compris que l’on ne pourrait pas emprisonner Paul Klee dans un bâtiment ordinaire – Paul Klee avait besoin d’une large et profonde respiration. Et puis, il y avait encore cette colline qu’ils avaient tout de suite photographiée. Elle n’était pas très haute mais c’était une belle colline. Les deux hommes avaient naturellement laissé agir sur eux le bruit de l’autoroute. Dans ce cadre rural et agreste, l’autoroute précisait clairement leur situation: en plein milieu de l’agglomération de Berne, à la fin du 20e siècle.

Un lieu de silence, noyé dans le bruit du trafic
Le travail débuta par une étude approfondie du terrain. La tombe de Paul Klee dans le cimetière tout proche de Schlosshalden, fut la première découverte. Il convenait d’accepter l’autoroute car elle n’était pas le mal en soi à nier ou cacher mais représentait davantage une artère vitale de la civilisation contemporaine. Il fallait donc que le projet collabore avec l’autoroute et ne s’en fasse pas une ennemie. C’est de l’étude poussée de la topographie du lieu que naquirent donc les premières idées du projet.

Des collines, naturelles et artificielles
Renzo Piano remarqua que la colline en premier plan sert de coulisses, sur un horizon sylvestre, à des collines plus élevées dans le lointain. Le regard relie automatiquement le premier plan au cadre de l’arrière-plan. Il existe ainsi une symbiose particulière entre le proche et le lointain, et le terrain devient une île dans le paysage.

Partant des règles classiques de la composition de l’image, Renzo Piano dessine un avant-projet où le futur Zentrum Paul Klee apparaît comme un lieu de recueillement, retranché et mystérieux. Les trois collines se fondent dans le terrain et en forment les articulations, créant ainsi une sculpture paysagère sur l’ensemble du terrain. Ces constructions artistiques au sens littéral du terme renferment la nouvelle institution culturelle de Berne. Vues de l'autoroute, les trois courbes surgissent durant dix secondes de l’alignement inhabituel de la ligne de toit. Vues du parc, on ne sait tout d’abord pas si ces trois intrigantes collines sont artificielles ou naturelles. Et ce n’est qu’au pied de la façade que l’on prend réellement conscience de leurs dimensions grandioses: la colline médiane fait 12 mètres de haut et sa façade vitrée de 150 mètres de long fait face à l’autoroute. Les toits y dessinent des ombres puissantes sur la façade qui s’est mise bien en retrait des chéneaux.

Un projet de grande envergure
La construction du centre est à la fois parfaitement fonctionnelle et de haute technologie. Apparaissant au premier regard comme un modeste acte de « domestication de la nature », elle doit en réalité satisfaire aux exigences les plus élevées.

Dans son avant-projet, l’architecte réconcilie la contradiction de nombreux musées qui évoluent entre, d’une part, la cohue d’un lieu culturel de passage et, d’autre part, la contemplation silencieuse. Les espaces publics sont situés directement derrière la façade de verre. Cette zone d’articulation se déroule parallèlement à la ligne de l’autoroute, elle est claire et bruyante et peut supporter l’assaut des foules. Puis soudain, le tempo change. C'est comme si l'on devait soudain retirer ses chaussures, pense Piano, qui ne craint pas de parler d'une véritable transition du profane au sacré. Les salles d'exposition, calmes et retranchées, sont situées dans le cœur même de la colline, suivies des « galeries florentines » où les œuvres sont accrochées côte à côte, comme cela se faisait dans les collections du Baroque. Dans les entrailles de la colline, protégées comme dans une grotte, se cachent les archives.

La pénombre et non la lumière crue du jour
Toute comparaison avec la Fondation Beyeler, construite également par Renzo Piano, serait complètement erronée, déclare l’architecte. Son style ne fait pas dans la répétition. Et chaque projet a une fonction différente. Renzo Piano considère le style personnel comme une « cage dorée » dans laquelle l’architecte s’enferme volontairement pour repartir chaque fois de zéro.

Le Musée Beyeler est une collection de peintures à l’huile bien délimitée qui supportent jusqu'à 240 lux. Raison pour laquelle il était judicieux d’installer un système d’éclairage sophistiqué formant un plafond de lumière. Le Zentrum Paul Klee en revanche, accueillera des œuvres sensibles qui ne supportent pas plus de 80 lux. Le futur centre sera donc un lieu de pénombre. La lumière du jour filtrant par le toit sera contrôlée et atténuée. Plus on avancera dans les collines, moins il y aura de lumière du jour, créant une atmosphère de plus en plus sereine. A l’intérieur du centre, une ambiance solennelle et sérieuse dominera, une ambiance contrastant clairement avec la zone de passage claire et animée. Ce sera un lieu de recueillement, loin de l’agitation quotidienne.

Une série de quilles de navire
Pour la construction des collines, Renzo Piano a immédiatement pensé à la construction navale, à la forme parfaite d’une quille de navire. Il voit donc le centre comme une rangée de trois quilles de navire. La structure de la construction restera visible; seule une voile semi-translucide régulant la lumière la recouvrera parfois. Dans les grosses carènes renversées, des parois mobiles subdiviseront les diverses salles d'exposition, mais l'on gardera toujours la sensation du tout. Et puisque Paul Klee travaillait de préférence sur les petits formats, Renzo Piano est persuadé qu’il était impossible de créer de petites salles d’exposition. Tout est fonction de la dimension de l’œuvre et non de celle de chaque œuvre.

Renzo Piano est également convaincu que la construction du Zentrum Paul Klee lui posera d'autres défis que les autres musées monographiques qu'il a précédemment réalisés. Paul Klee est un personnage charismatique qui se redécouvrait chaque jour. Son travail au Bauhaus a créé le lien entre les grands artistes des Modernes classiques. De plus, ce centre sera non seulement un musée mais aussi un centre de recherche, une académie pour l’histoire de l’art récente, un lieu d’échange doté de toute nouvelles formes de transmission du savoir.

Avec son Zentrum Paul Klee, Berne se hissera au rang des grands musées internationaux. Le grandiose doit être traité avec grandeur. Le projet de Renzo Piano n'en manque pas.



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